Il y a de cela fort longtemps, à quelques lieues de la ville que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de Sylversky, vivait une femme hors du commun, belle à ravir ; une apicultrice chevronnée qui avait l'amour du travail bien fait. C'était une femme très pieuse, du nom de Dalaena, qui n'avait pas trouvé l'âme soeur et avait toujours repoussé les hommes qui l'avaient courtisé.
Ses prières allaient à Lothar, Dieu de l'ordre et de la justice, qu'elle appelait toujours avec une ferveur telle, qu'elle touchait systématiquement le coeur de ceux qui en était témoin.
Un jour le Comte Fulryncthe, seigneur de la région qui avait perdu ses deux précédentes épouses en couche, vint lui demander sa main. Mais à sa vue, un mauvais pressentiment la fit aussitôt se méfier de lui.
Soucieuse pourtant de ne pas le blesser en refusant sa demande, elle lui dit ceci : « Noble sire, j'accepterais avec bonheur votre offre, à la condition que d'ici à la prochaine lune vous fassiez honneur à Lothar, par une action digne de mon divin patron». Le sieur releva le défi et s'en retourna à son château, certain d'être à la hauteur. Il eut l'ingénieuse idée d'organiser un tournoi en l'honneur de Lothar et de participer aux joutes pour gagner l'estime et le coeur de la belle.
Afin de s'assurer la victoire sur les autres chevaliers, Fulryncthe usa de maints stratagèmes, comme desserrer les attaches des selles de leurs chevaux ou user d'une lance plus longue lors des duels. Sa fourberie fut payante, il remporta le tournoi et s'en alla réclamer la main de la belle.
Mais celle-ci n'était pas dupe, elle avait appris quels subterfuges il avait employé pour remporter la victoire. Pour excuser ses actes elle entonna alors un cantique en l'honneur de Lothar. Elle y mit toute sa passion, et sa voix douce et juste eut un tel effet sur l'homme, qu'il fondit en larmes de honte et se repentit.
Lothar, qui avait porté son attention sur la belle, comprit ce qui se passait et fut si touché par la pureté de l'âme de cette femme qu'il en tomba amoureux. En un instant, trop bref pour le décrire, chacune des prières de l'apicultrice rejaillit dans sa mémoire. Dans un geste d'amour sincère Lothar apparut alors à la belle qui vit en lui l'homme qu'elle avait toujours appelé de ses voeux. Ils avaient tant de choses à partager et si peu de temps. Ils devisèrent un long moment, la complicité s'était établie immédiatement entre eux, et ils avaient tant de choses en commun. Lorsqu'il fut temps pour Lothar de s'en aller, il raccompagna Dalaena à sa demeure et lui promit de revenir.
Il tint sa parole et revint la voir à de multiples reprises. Leur amour grandissant, la passion les poussa dans les bras l'un de l'autre et ils devinrent amants. Cependant, Lothar devait se montrer prudent, ses apparitions mettaient sa vie et celle de sa douce en danger, car dans l'ombre, Ogrimar et Gluriurl guettaient.
Leur amour était pur et sincère, et il advint un jour où celui-ci porta ses fruits, sous la forme d'un enfant grandissant dans le ventre de l'apicultrice. Quelques temps plus tard naquit donc Onorel, fils de père divin et de mère humaine.
L'enfant grandit tranquillement élevé dans l'amour et la dignité, des préceptes à l'image de ses parents. Lothar allait rendre visite à son fils régulièrement, du moins autant que le permettait sa divine tâche de faire régner l'ordre dans le monde. Quelques six années passèrent ainsi dans la paix ; jusqu'à ce que le malheur frappe. La pureté de cet enfant attira l'attention de Gluriurl, patron de la corruption. L'horrible divinité prit une forme humaine et s'en alla trouver l'apicultrice. Il tenta de la séduire mais se voyait sans cesse repoussé ; il finit par perdre patience.
Le mauvais dieu profita d'un jour où l'apicultrice était livrée à elle-même, son divin amant et son fils étant partis tous deux pour la journée, pour lui rendre une dernière visite. N'ayant pu obtenir ce qu'il voulait par la ruse, il enleva la femme pour la conduire dans un temple dédié à son culte où il lui infligea maints sévices.
Lothar pleura longtemps la perte son amour, mais il devait redoubler d'attention envers son fils Onorel qui se retrouvait livré à lui-même.
Dans le même temps, les sbires du Corrupteur virent le ventre de celle qui était jadis la femme de Lothar, s'arrondir pour porter un nouvel enfant. Quelques mois plus tard ils saluèrent la venue de Ganéo, fille de Gluriurl. L'accouchement avait été une telle épreuve que Dalaena y laissa la vie. Lorsqu'elle retourna dans le domaine des Dieux, Lothar l'attendait aux portes de la mort. Elle ne pu se résoudre à condamner sa fille, aussi, cacha-t-elle son existence.
Onorel et sa soeur, dont il ignorait l'existence, grandirent donc séparément ; l'un auprès de son père Lothar, l'autre auprès des corrupteurs de Gluriurl.
Onorel devint un guerrier errant, objet de maints récits épiques, qui contribuèrent à façonner sa légende. Il semblait garder une éternelle jeunesse, et la ressemblance avec son père était flagrante.
Ganéo, elle, fut éduquée dans la haine et la perfidie. On lui inculqua l'art de la corruption, mais elle savait que si elle désirait attirer l'attention de son illustre père, elle devait accomplir sa volonté, et se montrer à sa hauteur. Mais malgré tout son talent et sa facilité à corrompre les hommes et les choses, Gluriurl demeurait sourd à ses appels.
Les années passèrent jusqu'au jour où Ganéo apprit par hasard qu'elle avait un demi-frère également de sang divin, mais un sang bien différent de celui de son père.
Elle y vit une occasion inespérée de prouver sa valeur aux yeux de son père, et elle entreprit donc de séduire son demi-frère. Elle corrompit bien des êtres pour parvenir à ses fins, Onorel n'était pas homme à se laisser aisément approcher. Mais sa persévérance paya un jour, et elle finit par le mettre dans son lit.
Son succès devint triomphe lorsqu'elle su qu'elle attendait un fils de cette union. Ainsi, elle mit au monde le petit-fils de Gluriurl et de Lothar, un enfant qu'elle nomma Partialim.
On ne sait que peu de choses de cet enfant, mais il est de notoriété publique qu'une guerre éclata entre Onorel et Ganéo, quand le premier apprit que son fils était le fruit d'une union parjure entre un frère et sa soeur.
Certains racontent que Partialim était un enfant tranquille semblable à son père, d'autres prétendent qu'il avait les mêmes yeux, brillants de perfidie, que sa mère.
Puis il advint un jour où l'enfant quitta sa génitrice. Il n'alla pas pour autant rejoindre son père, ignorant le sort qu'il pourrait lui réserver.
On raconte qu'il s'embarqua sur un navire, qu'il changea d'identité et qu'aujourd'hui il vivrait parmi nous.
Une prophétie prétend que la venue de l'Haruspice sera annoncée le jour où Partialim fera le choix entre Onorel ou Ganéo.
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Par : Reveur, le 11 août 2005 à 00:00