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L'histoire de Nowel

L'Histoire de Nowel, pour Sire Theokrat fils de Sa Majesté, par Dame Aubelune, feu Maîtresse Harpiste.


Nombreuses sont les histoires qu'on chuchote au coin du feu et qui prennent pour décor la saison froide et blanche de l'hiver.

Dans les maisonnées, les ombres s'agitent sur les murs, les braves gens rajoutent du bois dans le foyer et des couvertures sur leurs genoux. Tandis que les conversations se font plus passionnées, on se remémore les origines de nos célébrations festives, on se souvient soudain des anciennes croyances et on constate en frissonnant que les superstitions liées au temps du solstice hivernal, au temps de Nowel sont toujours présentes.

Est-ce un courant d'air glacé qui me courre dans le dos ou mon imagination qui brusquement imposerait à ma pensée quelques images issues de ces contes ?
Pourquoi le vent siffle-t-il de manière si aiguë dehors ? Et pourquoi les chiens aboient-ils encore à cette heure ?

Oh oui, innombrables sont les croyances liées à la fin de l'année, à cette traversée d'une saison morte et immobile qui voit les paysages se vêtir d'un linceul immaculé auquel seuls les vols bas des corbeaux rappellent que la nuit tombe plus tôt tous les jours, comme étouffant dans une lente décapitation les dernières lueurs, disparaissant une par une comme les graines égarées dans les champs qui s'éteignent entre la boue et le ver dans les becs de jais...

Les jours semblent si courts qu'on ne sait plus distinguer les aurores des crépuscules... Le jour semble mourir tous les jours, dans une ambiance diffuse et stagnante, il quitte les ténèbres du grand matin et laisse sur son petit chemin les écharpes sombres et effilochées d'un clair-obscur rapiécé... Le premier pas du jour se nomme midi, et le soleil roi ne trouve plus son trône dans les nuées grisâtres. Les rayons de l'astre semblent cassés comme du bois mort, leur chaleur le souvenir d'une vie antérieure, la nature dort ou meurt, on ne sait trop, l'homme, lui, rêve et espère...

La vie reprend son souffle, longtemps, lentement, nul n'y résiste. Sous le vent venu des collines de givre, les traces des moineaux dans les champs s'effacent, les lignes, les reliefs s'affaissent comme le dos d'une vielle dame rabougrie ramenant chez elle un lourd fagot, traînant l'insupportable fardeau de la survie... Les arbres hérissent leurs branches nues et frêles vers un espace palot, comme si le ciel tout entier n'était qu'un seul nuage étiré aux quatre coins, nappe de vieux coton couvrant une terre désolée de n'être plus brune et verte que par endroits...

Jour d'une heure, jour d'une lueur, on rentre avant d'avoir peur... que la nuit ne se referme sur nous comme la bouche de ce monstre énorme et inconnu qui dévore tous les soirs les rires dans les campagnes et qu'accueillent dans les villes les danses lascives des fumées de cheminée. Car la Maîtresse du Cœur de l'homme en cette saison est la noctée, la fée vespérale et infernale nommée Nuit et que les six premiers coups du clocher proclament Reine.

Règne obscur, impalpable, omniprésent, règne redouté et redoutable, règne des petites et des grandes peurs, règne des esprits, règne des croyances.
Autant de croyances que d'hommes, autant de peurs que de cœurs.

Ces longues soirées à répétition cachent quelque chose. Des secrets inavoués qui pousseraient la raison à la Terreur. Car dans le noir, oui je dois vous l'avouer, sommeillent plus que vos cauchemars...

Quel événement incroyable a-t-il pu pousser l'ordre naturel à se répéter ainsi, indéfiniment, pour l'éternité, dans un cycle si singulier de négation de lui-même ? Quel événement a-t-il eu assez de pouvoir pour écrire dans les cieux obscurs et scintillants à l'avance les courses inexorables de tous les astres qui font se lever les marées et hurler les loups ?

Une fois toutes les douze lunaisons, l'homme s'arrête sur cette interrogation qui s'immisce en lui jusque dans les tréfonds tressaillant de son âme.
C'est un coup qui sonne dans la pendule de sa petite vie, c'est un grain qui coule dans le sablier de son existence. Si l'homme alors n'était qu'une poignée d'herbe... Combien de brindilles lui resterait-il ? Le blizzard les emporte jusqu'à la dernière, toutes jaunies et couvertes de glace fondue. Une fleur poussera-t-elle cette année dans mon cœur ?

S'avance le jour fatidique. Tant attendu et si préparé. Les gorges sont nouées d'avoir tant prié. Les dernières bougies sont allumées car cette nuit, il faudra veiller.

Veiller pour que le jour revienne. Veiller auprès du feu sacré, le garder vif et brûlant toute la nuit, le veiller comme on veille sur un proche malade, vérifiant que la flamme de la vie reste toujours présente au fond de son oeil comme l'incandescence dans le cœur d'une braise, le veiller comme on veille sur un nouveau-né, nouant un petit châle autour de son cou, comme si ce nœud de chaleur allait renforcer le lien invisible qui le tient parmi nous.

Cette nuit les signes seront nombreux car nombreux seront les hommes qui rêveront les yeux ouverts.

Une vie plus saine, une vie plus riche, une vie meilleure pour des hommes meilleurs. Voilà ce qu'ils murmurent.

Pour préserver les enfants des dangers de cette nuit unique, tous sont confiés aux bras de leur lit avant que ne soit tiré le rideau d'ébène sur le théâtre d'ivoire. Et, tandis que les esprits des hommes divaguent, errent dans les souvenirs de l'année passée, il semble bien que d'autres esprits plus étranges marchent parmi nous.

Au coin des rues, les lanternes vacillent, poussées par des mains immatérielles. Sous les étoiles, les cortèges fantomatiques emplissent la voie lactée d'un bourdonnement lumineux et diaphane. Regrets incarnés, désirs personnifiés, tous prennent des formes ectoplasmiques, comme une larme d'étoile tombée dans la marmite bouillonnante d'une sorcière.

La Nature a changé de robe sous les yeux des hommes, discrètement, avec élégance et magie, voici plusieurs mois. Mais ce soir, pour ses témoins, elle laissera sa roue tourner à nouveau.

Mais prudence ! Les portes du néant sont ouvertes dans les cimetières, les feux follets font des farandoles dans les marais, et la lune ronde et pleine, vous observe tel l'œil d'un pirate borgne de Kabis. Tout paraît possible, le pire et le plus improbable.

Et ce qu'on raconte alors sur ces moments là glacerait d'effroi le plus aguerri des gardes royaux.

Ils sont honnêtes et plusieurs dizaines les sujets de Sa Majesté qui jurent avoir vu des animaux parler le langage des hommes cette nuit là. Le Garde-chasse Wihlem jure sur son arc centaurien qu'il ne va jamais visiter les ruches le soir de Nowel car bien que normalement plongées dans un sommeil profond, les abeilles à l'approche de minuit reprennent vie et s'agitent à mesure que le plus incroyable des spectacles se produit : sous l'effet d'un enchantement puissant et mystérieux, les arbres fruitiers du palais royal se couvrent de fleurs dont la vision est soufflée au douzième coup de minuit ! Les sages affirment que les dieux primitifs des éléments cherchent alors à rappeler aux mortels que tout en ce monde subit le cycle qu'ils ont choisi.

Selon une ancestrale croyance elfique, il est dit que l'être qui trouve un rameau d'or cette nuit là et qui parvient à le couper avant que ne sonne minuit est béni des dieux et reçoit richesses jusqu'à la fin de ses jours... qui surviennent s'il n'y parvient pas ! Car selon la légende, une vierge elfique qui avait été promise en mariage à un noble chevalier, mais qui se contraignit d'elle-même à l'isolement et à l'exil après avoir appris sa disparition, aurait semé ces rameaux d'or sur le chemin de sa thébaïde, afin que si jamais son compagnon revienne un jour, il puisse la retrouver. Les dieux récompenseraient les mortels qui détruiraient les preuves de cet amour contraire à leurs volontés mais laisseraient au soin de la banshee élégiaque les malheureux qui les conserveraient même malgré eux...

Encore, mais selon une ancestrale croyance naine, il est dit que cette nuit là, tous les trésors enfouis referaient surface... Mais avec eux, aussi, leurs anciens propriétaires...

Quand ce ne sont pas les arbres et les pierres qui se déplacent... Les arbres viendraient remplacer les pierres dans les cercles, et les pierres des cromlechs viendraient danser au milieu des bois...

Plus récemment, les pieuses personnes s'accordent à dire que les enfants venant ce jour sont bénis par tous les dieux. Chose extrêmement rare.

Sur Althéa, on nomme cette période celle de Nowel. Mais qui était Nowel ? Et qui est donc cet homme qui est son père et que tous attendent avec envie ce soir particulier ?

On dit que Nowel était l'un des premiers hommes et qu'il côtoyait les dieux qui l'avaient fait à leur image. Nowel était meilleur que les hommes d'aujourd'hui sous tous les aspects. Mais sa perfection le rendait prévisible pour ses créateurs. Les dieux créateurs attendaient de cette créature d'une nouvelle race qu'elle les divertisse et les mette en compétition afin de savoir lequel d'entre eux serait le plus aimé.

Mais Nowel, dans son inébranlable volonté et sagesse, parvenait à suivre les préceptes de chacun de ses pères divins et il rendait grâce à chacun d'une mesure égale, ses louanges étaient grandes et en quantité, cependant jamais exclusives. Artherk, Ogrimar, Lothar, Gluriurl, les quatre frères ne parvenaient pas à obtenir de Nowel une admiration adressée à leur seule personne.

Dans leur impatience à se départager, les dieux donnèrent une année de vie supplémentaire à Nowel afin qu'il leur démontre lequel d'entre eux méritait d'être reconnu comme l'unique créateur sous les traits d'un père véritable.

L'année commença et nous étions au printemps. Nowel consacra son temps à Artherk. Chaque jour, il semait la Vie et offrait le renouveau et le pardon aux êtres et aux choses. Artherk se félicitait du choix de Nowel et savait qu'il allait triompher.

Or, les mois passèrent et vint l'été sec et étouffant. Nowel consacra ses jours à Ogrimar. Il ne passait pas une heure de jour comme de nuit qu'il ne consacra à répandre le Désordre dans la nature. Le jumeau sombre d'Artherk exultait et prédisait une éclatante victoire.

Puis vint l'automne que Nowel offrit à Lothar. Il préparait les êtres et les choses au jugement de la Justice. Les frères aînés virent Lothar savourer ce succès et affirmer qu'il sortirait gagnant de ce défi.

Alors l'année s'acheva par l'hiver que Nowel consacra à Gluriurl. Il sema le gel et le tourment parmi les êtres et les choses. Et Gluriurl annonça qu'il attendait cet instant depuis longtemps car il savait que c'était lui qui allait être l'ultime vainqueur.

Et, lorsque vint la nuit du solstice d'hiver, Nowel avait consacré à ses pères en parts égales l'œuvre de sa vie si bien qu'aucun d'entre eux ne pouvait se déclarer reconnu plus qu'un autre.

La légende dit alors que les dieux comprirent qu'on ne pouvait pas attendre d'être aimé exclusivement si on n'aimait pas en retour exclusivement.

Mais pour récompenser Nowel qui les avait honorés et lui offrir l'amour qu'il méritait, les dieux lui créèrent un père aimant et attentionné qui viendrait une fois par an lui rendre visite et lui apporter des présents. Cependant avec les siècles Nowel devint un Esprit qui à chaque saison aide la Nature à suivre l'œuvre qu'elle s'est fixée.

Aujourd'hui, les hommes célèbrent l'esprit de Nowel et accueillent l'apparition de son Père. Avec les générations, on désigne cet étrange homme sous l'appellation de Père Nowel et on se rappelle alors son histoire.

L'histoire de Nowel

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Par : Macraan, le 22 décembre 2005 à 00:00