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Le récit de la sorcière


Ah... le goût de l'air frais, le goût du sang... La joie de sentir enfin un corps vivant au bout de ses pensées... Cela faisait tellement longtemps que je n'avais plus connu cela. Oh, Ogrimar, sois loué pour ce que tu m'as permis de faire. Ma punition me semblait dure, seule dans cette cage de pierre. Mais quelle joie de revenir à la vie! Tout ce temps passé à méditer sur le passé, à retrouver mes erreurs et les comprendre... Vouloir duper le Dieu du Chaos, folle que j'ai été! Comment moi, une simple sorcière, aurais-je pu tromper le Seigneur à qui j'ai prêté allégeance, par mon Sang, et par ma Vie! Ces années de souffrances, d'attente, d'angoisse... Je ne les avais que trop méritées! Enfermée dans le temple, condamnée... Juste assez pour préparer une potion de sommeil profond... Mon Dieu, même décidé à me punir, tu n'as pas voulu que je meure! Tu avais donc une mission pour moi, mais avant, je devais payer. Payer! Et le prix fort! Et finalement, jour après jour, l'heure est arrivée...

Enfin, le Sanglant m'a pardonnée, et je suis libre... Libre! Quels idiots ont été les hommes qui m'ont permis de sortir!

Oh, oui... Oui, du fond de ma stase, je les ai sentis venir... Oui, la joie de découvrir l'île... Oui, descendez, descendez, construisez vos maisons sur la plage. C'est le paradis, ici, pour ceux qui sont aveugles... Et, ooh, oui... Le jeune Capitaine... Fier, et ambitieux... Déjà, à ce moment-là, j'ai lu dans son coeur le germe de la Folie. Il a été comme un chien, à qui l'on donne un demi-sucre, et qui revient pour avoir le reste. Tout d'abord, l'armure, bien sûr. Les créatures de l'océan m'ont toujours résisté, mais, pour une sorcière, il est facile de sentir un esprit qui s'en va. Et guider le Capitaine vers la grotte a été si facile! Et l'avarice, semée dans son coeur, au moment où ses yeux ont aperçu les reflets sur le heaume... La Folie, qui plantait ses racines un peu plus profond...

Les hommes sont faibles, décidément! Si prévisibles, si pathétiques, quand ils aperçoivent la toile de l'araignée dans laquelle ils ont mis le pied... Et dire que je n'ai presque rien eu à faire de plus... Guider ces colons puants vers ma prison? Rien de plus simple... La soif de la découverte, l'ambition, la gloire... La gloire! Vous voilà bien, maintenant, avec votre gloire, hahaha! Une tête tranchée, un corps sans vie, n'est-ce pas glorieux? N'est-ce pas glorieux?! Crétins...

Et quand le jeune capitaine a su, pour le temple, ooh... comme il s'est empressé! Comme il a eu hâte de pénétrer ce lieu! Et... quel idiot, comme il a épuisé ses hommes... Aveuglé par son ambition, sa folie, il n'a pas vu les colons grogner, les fidèles compagnons contester ses décisions, ourdir des plans dans son dos... Ah, oui, une ville s'effondre, quand on ne s'en occupe pas. Mais qu'est-ce, face à la gloire? Face au pouvoir? Faut-il avoir peur de tuer des fourmis, pour voler avec le soleil?

Oh, Ogrimar, tu as vu? Avec quelle patience, avec quelle minutie j'ai tout mis en place pour qu'ils tombent dans ma toile? N'était-ce pas diaboliquement simple, et tellement évident? Des années, des années à affiner mon art, à me préparer pour semer le Chaos... N'ai-je pas réussi? Ne suis-je pas à la hauteur de tes espérances?

Tu aurais vu son regard, quand les hommes sont venus chez lui pour le tuer... A-t-il douté un instant? S'est-il repenti? Mais non, oh non! S'ils venaient le tuer, c'était... mais, c'était pour lui voler son pouvoir! Son armure! Son temple! Tu entends? SON temple! Quel idiot! Et tous, il les a fait exécuter... L'un après l'autre, pour lire la peur dans leurs yeux. Ah, j'aurai aimé que le sang coule, Ogrimar, que ce sacrifice puisse t'être adressé. Mais, que veux-tu, il ne savait même pas encore pour qui il agissait...

Et ensuite? Ensuite, ah... attends, je fais encore quelques pas... C'est tellement bon, c'est si doux... Le vent, dans ses cheveux bruns... Le poids de son armure... et cette pierre! Il n'a jamais su l'utiliser correctement, mais moi, je ne suis pas aussi faible que lui, je saurai... Ah, ces doigts, ces longs doigts faits pour manier le compas et la boussole, et qui savent si bien étrangler ses vieux compagnons... Comme la Folie est bien faite! Je marche, encore, je saute! Ah, ce corps taillé pour le combat! Ses grands yeux clairs, qui voient tout! Quel bonheur! Ce goût, sur ma langue...

Voilà, c'est bien... Ensuite, mon Sanglant? Eh bien, ensuite, ce fut si simple... Les travaux ont continué, les colons mourraient, et la terre baissait de plus en plus devant ma porte. J'ai crains un instant que, sous la puissance de ta volonté, ils ne se doutent de quelque chose, et abandonnent. Mais mon capitaine, oh lui, je l'avais sous-estimé... Il était tellement avide, à présent, qu'il aurait creusé lui même, s'il l'avait fallu! Alors, ils ont continué, continué, malgré la fatigue, les morts, la fin, la misère, les rats, leurs femmes qui ne pouvaient nourrir leurs enfants... Tout cela, par la peur de mon beau capitaine...

Et enfin, ils y sont arrivés. Les portes étaient dégagées, ils sont tous partis sans demander leur reste! Mais lui, oh, il est revenu. Pas seul, bien sûr, il avait besoin d'aide. Des torches, des cordes, des épées, qui sait ce qu'on trouvera là-dedans? Et l'armure, bien sûr, l'armure...

Tu sais, mon dieux, je crois qu'ils n'auraient jamais imaginé trouver un tel décor. Au bout de quelques pas, je sentais déjà la peur monter en eux, le sang battre dans leurs veines, le tremblement qui prenait leurs membres... Les épées qui tombaient, les visage fixes et sans expression, les yeux révulsés par la peur... La Mort qui entre en même temps qu'eux, et qui les retient, sur le seuil... Les hommes à genoux, hurlant de terreur, devant le spectacle qui s'offre à eux. Ceux qui courent, l'esprit déjà brisé, et qui tombent et meurent sur les échafaudages du chantier. Ceux qui regardent, un rire dément aux lèvres, tellement inhumain qu'ils ne sentent pas qu'ils s'oublient, debout, sur place. Et au milieu de ce carnaval, mon beau, mon doux capitaine, qui s'avance... Et lui n'est pas touché, il n'est pas fou? Nenni, mon Sanglant, il l'est... Et depuis longtemps! Là où ses compagnons ne voient qu'un cadavre appuyé sur un autel, dans un décor de cauchemar, lui, il voit... il voit... Son pouvoir, sa gloire!

Je l'ai vu s'approcher, doucement, s'agenouiller devant l'autel sans comprendre ce qu'il faisait. À cet instant, j'ai bondi, Ogrimar, j'avais hâte! Je voulais goûter sa Vie! Je voulais être à nouveau dans un corps! Alors, j'ai bondi, et sous l'assaut, son esprit n'a pas tenu bien longtemps. Il doit errer dans les limbes, à présent, le beau Capitaine Stonecrest... et son corps hahaha! Il erre sur son île, possédé par l'esprit le plus puissant qu'il ait jamais rencontré!

Tu vois, Ogrimar, ta punition m'a été utile... J'ai compris mes erreurs, et j'ai progressé. Cela m'a parut si simple! Traverser le temple, et tuer les pantins désarticulés qui le souillaient. Reprendre le chemin de la ville, pour atteindre le château. Et, de là, semer le Chaos sur l'île, puis sur le Monde. Monter, dans la plus haute tour du plus haut donjon... Et les regarder, ces insectes, ces humains pitoyables, s'agiter parce qu'une des leurs, un débris, a été te rejoindre, Ogrimar, plus tôt qu'ils ne l'auraient voulu, et par la faute de celui qu'ils pensaient être leur chef. Stupides, idiots, crétins... Tous, vous ne serez tous bientôt qu'une marée sanglante sur l'île, et moi... Moi, je serai à nouveau aux côtés de mon Dieu!






Pourquoi, Ogrimar? Que s'est-il passé? Ne t'ai-je pas servi correctement? N'ai-je pas donné le meilleur de moi-même? Oh, mon Sanglant, dis-moi... Où ai-je failli? Le Chaos que j'ai semé ne t'a pas suffit? Je devais faire encore plus, peut-être? Mais comment aurais-je pu, Ogrimar, en si peu de temps?

Me retrouver enfermée, à nouveau, et dans ce corps puant! Cette armure ridicule! Moi! Enfermée! Après avoir goûté à la liberté! Ta cruauté est sans fin, Ogrimar, mais je l'accepte... Je veux seulement comprendre... Est-ce qu'une sorcière peut comprendre les desseins d'un Dieu? Pourquoi me laisser ici, seule avec les compagnons stupides du jeune Capitaine? Ces larves, ces goules sans esprit, qui sont condamnées à errer jusqu'à la fin des temps? Et laisser le corps que j'habite à la merci des créatures de la forêt? Le voir pourrir, partir par petits bouts, jusqu'à ce je ne sois plus qu'un esprit errant... Est-ce une nouvelle punition, Oh mon Sanglant?

Pourtant, pourtant... Je n'ai pas failli. Quand les hommes sont venus, je les ai affrontés. J'ai continué à semer le trouble dans la colonie... J'ai continué à presser la vie de ces hommes comme des citrons trop mûrs, pour qu'ils se plient et rampent, pour que tes esclaves se rassemblent à tes pieds, pour que ton Culte renaisse... J'ai brisé leur volonté, un par un, pour qu'ils m'obéissent. Alors quoi? Quel chemin de traverse ai-je pris, au lieu de suivre ta route, Ogrimar?

Pourquoi envoyer ces soldats? Pourquoi manquer de me tuer? Tu vois, j'avais pris soin de choisir mon Capitaine pour qu'il survive. J'ai appris à utiliser la pierre, j'ai tué les soldats, jusque dans mes appartements. J'ai pris le collier, le pouvoir, pour Toi, Sanglant, pour ta Gloire! Je l'ai pris pour guider tes armées, pour que nous soyons une brume nocturne, nauséabonde, collante... Pour que le Chaos que nous propagerons s'infiltre partout! J'étais puissante, Oh Ogrimar! Un esprit de sorcière dans un corps de guerrier, qui retournait l'arme de son ennemi contre lui! Nous aurions vaincu, Ogrimar, et ta guerre, nous l'aurions achevée ensemble.

Déjà les insectes envahissent ce lieu... Voyons, il me semble que le Capitaine s'était prévu une sépulture... Cherchons, elle conservera peut-être ce corps, à défaut de me rendre ma liberté...

Mais pourquoi, Ogrimar? Pourquoi permettre à ces humains puants de mettre le feu à MON château? Pourquoi ne pas m'avoir guidée dans ma fuite? Tu aurais pu prendre tous ces geôliers inutiles, ces « fidèles compagnons » pour rassasier ta soif de sang. Nous sommes à ta merci, et tu ne nous invites pas à prendre place avec toi, dans la Mort et le Chaos? Qu'avons nous fait? Qu'ai-je fait?

Ah, la sépulture... Un sarcophage, parfait... le pouvoir de l'amulette me permettra d'en bouger le couvercle sans peine. Et quand d'autres seront venus creuser, je sortirai à nouveau...

Mais pourquoi attendre encore, Oh mon Sanglant? N'ai-je pas versé assez de sang? N'ai-je pas brisé assez d'esprits dans cette vie? N'ai-j...
À moins que... je ne paie... encore... pour ce que j'ai fait autrefois? Mais, Ogrimar, pourquoi ne pas m'avoir laissé enfermée là-bas? Pourquoi m'avoir libérée, si ce n'est... Pour me torturer encore, me faire goûter la vie avant la prison?

Oh, tu es cruel, si cruel, mon Sanglant... J'ai trahi, c'est vrai, il y a longtemps... mais, n'ai-je pas assez attendu?
Quand aurai-je enfin expié cette faute?

Allongé dans son sarcophage de pierre, le corps de Lord Stonecrest repose, dans une paix apparente. Mais, pour les esprits des hommes morts qui rôdent autour du tombeau, qui errent, entre les créatures et les anciens compagnons du capitaine, la plainte lugubre qui s'en échappe est une source intarissable de tristesse et de folie. Et tous, impuissants et atterrés, se rappellent que le pardon d'un dieu est plus difficile à obtenir qu'un cheveu d'ange.


Par : Équipe Amalgame Online, le 23 septembre 2006 à 00:00