Dakwin était garde royal. De génération en génération, ses ancêtres avaient servi le roi avec dévouement et nul n'avait osé remettre en question cet attachement à servir les intérêts d'un unique homme, fusse t'il bon ou mauvais. Les actions et exactions de la monarchie étaient donc respectées, et Dakwin comme ses aïeux servit le roi comme s'il s'agissait d'un héritage légué qu'il ne pouvait contester. Mais malheureusement pour Dakwin, il fut un des siens pour aller à l'encontre de ce service immémorial et ce fut son propre fils, Balfo, qui le trahit alors.
Balfo était né dans cette belle et majestueuse cité de Silversky par un jour sombre d'hiver. Très précoce, il fut parmi les plus jeunes à suivre les enseignements réservés aux fils de la noblesse et apprit très vite, souvent à ses dépens, que la loi du plus fort règne sans pitié dans ce monde souvent maussade. Etant le benjamin de son groupe, il subit ainsi fréquemment les mauvais traitements de ses compagnons d'armes et de lettres, sans pouvoir rien faire d'autre que de serrer les dents. Quelle honte cela aurait été que de rentrer en pleurant dans le logis familial et de s'avilir à admettre devant un père de marbre qu'il ne pouvait se défendre seul. Aussi s'endurcit-il de ces injustices avec un sang froid plutôt hors du commun pour un si jeune enfant.
Les années passèrent donc et Balfo fut vite surnommé Balfo le Faible ; il est une période de l'enfance où quelques années peuvent faire une grande différence lors de conflits...Son père, ayant bien remarqué les coups et les railleries dont faisait l'objet son fils, l'aida à perfectionner son maniement des armes et Balfo rivalisa bientôt de force et d'adresse avec Dakwin. Or, il était une épée qui appartenait à la famille de Dakwin depuis tellement de générations que personne ne comptait plus l'âge de l'arme ni ne contestait plus sa puissance incommensurable. Cette épée bâtarde en lame d'airain était pourvue d'une garde massive en ivoire maillé dont le manche court était recouvert d'un cuir épais pour une meilleure prise en main. On pouvait apercevoir en bas de la lame et sous un certain angle trois petites pierres noires puis, en remontant le long de l'épée, des inscriptions runiques qui protégeaient son fil aiguisé. Sa particularité était sa curieuse ressemblance avec le yatagan, la lame étant légèrement incurvée vers l'avant et la pointe plus effilée, rendant ainsi les coups d'estoc plus dangereux. Mais malgré tout, l'arme était lourde et puissante, rendant mortel chaque coup bien placé. L'histoire de cette épée était transmise de père en fils, et nulle autre personne que ses propriétaires ne fut jamais initiée aux secrets de la lame...Toujours est-il que de multiples histoires courent à son sujet, allant naturellement de son indestructibilité à l'invincibilité qu'elle procure à son porteur. Mais dans l'ignorance, les gens disent parfois beaucoup de choses...
...
Balfo suivit donc pendant de longs mois ce qui aurait pu passer pour des cours de rattrapage dignes d'un chevalier. Mais malgré cet entraînement auquel il excellait pourtant, Balfo continuait de courber l'échine devant les enfants plus âgés qui avaient partagé les mêmes cours que lui, préférant sans nul doute attendre d'être fin prêt avant d'agir. Nul ne savait alors de quelle perfidie Balfo pouvait faire preuve derrière son comportement grégaire et passif. Car s'il y avait une leçon qu'il avait par-dessus tout parfaitement retenue, c'était que la vengeance est un plat qui se mange froid, et sa patience n'avait d'égale que son inaction devant les coups et les injures.
Une chose en entraînant une autre, il arriva que, petit à petit, Dakwin s'éloigna de son fils, allant même jusqu'à lui préférer son jeune frère Trobar. De 10 ans son cadet, Trobar était plus prometteur aux yeux de son père que Balfo. D'une intelligence moyenne et d'une carrure impressionnante, Trobar ne fut jamais molesté par ses compagnons, tous plus frêles que lui, et il évolua dans ce monde brutal sans même se rendre compte des iniquités qui l'entouraient. L'avenir appartenait apparemment à ceux qui ne remettaient pas en question l'ordre établi... Et ce qui devait arriver arriva : Dakwin rompit d'une tradition séculaire et décida un soir que l'épée familiale reviendrait à Trobar, le cadet.
Ce qui se passa ensuite dans la tête de Balfo échappa totalement aux êtres qui l'entouraient, qu'ils soient parents, prêtres, compagnons, maîtres d'arme ou autre. Nul ne sut par exemple comment Balfo en vint à détester si ouvertement Artherk et Lothar. D'aucuns prétendent que, fatigué des ses incessantes prières au dieu de l'harmonie et à celui de la justice, Balfo fut accablé de constater l'inutilité de ces divinités. Sûrement avaient-elles bien mieux à faire que de veiller à ce que leurs principaux idéaux soient respectés en cette bonne vieille ville de Silversky. Toujours est-il que Balfo comprit très vite qu'il ne devait certainement pas compter sur ces entités divines pour faire régner, comme il le croyait tout naturellement, harmonie et justice, et que seuls compteraient son courage, son intelligence et sa soif de vengeance. Et ainsi Balfo se tourna t'il vers Typhée, déesse de la corruption et de la trahison. Voilà qui promettait au moins de s'amuser...
Balfo, rejeté par une communauté qui répugnait les faibles, atteignit ainsi l'âge de 25 ans. Nul n'imaginait à quel point il était alors devenu habile dans le maniement des armes et dans l'élaboration de tactiques militaires. Et par une froide et sombre soirée d'hiver, il commença à mettre à exécution son plan. Quittant la capitale et allant de bouges en gargotes, Balfo commença à recruter parmi les plus renégats, promettant à chaque homme qui se joignait à lui la part d'un royal butin. Naturellement et à partir de cette nuit d'hiver, Balfo ne dormit jamais plus que d'un oeil, surveillant de l'autre son infecte compagnie, alors composée de voleurs, assassins, pillards et autres personnes immorales. Son discours était à chaque fois le même :
« Assez de ces faux dieux qui nous empuantissent la vie avec leurs salamalecs. Assez de ces promesses d'un monde mièvre et insipide de douceur. Assez de cet homme que l'on nomme Roy mais qui n'a entre les jambes que le courage que ses soldats peuvent donner à ses ordres. Assez de ces hommes aveuglés par une monarchie qui ne veut qu'une chose, les abrutir pour mieux les manipuler. Assez de croire en un monde meilleur quand on transperce de son arme le ventre d'un homme. Assez de toutes ces stupidités abusives et de ces politesses hypocrites. Il est temps de se lever contre ces faux-semblants et de prendre les armes pour faire éclater la vérité au grand jour : nulle liberté ne vaut sur celle qu'on nous promet en nous enchaînant par des biens matériels et de fourbes promesses à cette monarchie usurpatrice. Aussi aujourd'hui j'aime à entrevoir un monde meilleur. Et à ceux qui ne me suivront pas pour mes idéaux, je leur demande de prendre les armes pour faire régner le chaos et pour donner force et ampleur à mon action. Aux premiers je promets une vie différente, vraie et sincère, non pas établie sur des mensonges devenus si courants qu'on vous les inculque comme étant vérité. Aux seconds je ne promets rien si ce n'est l'opportunité de vous venger d'une société qui vous a dépossédés de votre âme en plus de vos biens matériels. »
Et contre toute attente, cela fonctionna. Balfo se retrouva rapidement à la tête d'une armée de quelques centaines d'hommes, épéistes, archers ou mages, plus ou moins motivés, mais néanmoins tous prêts à avancer sur Silversky dès l'ordre donné.
Il est dit dans les textes que Balfo, fort de son armée nouvellement créée, eut un jour un rictus sardonique, et que ses hommes surent à ce moment là que le recrutement était fini et que les choses sérieuses allaient débuter. Mais par-dessus tout et loin de ce que pouvaient imaginer ses hommes, Balfo n'aspirait pas à se venger de cette société qu'il haïssait. Non...Par-dessus tout, Balfo tenait à reprendre ce qui lui revenait de droit, à savoir l'épée familiale que son père avait trop négligemment et trop rapidement décidé de confier à son cadet.
Balfo savait qu'une fois l'attaque lancée, il n'y aurait plus aucun espoir de faire demi-tour et qu'il serait à jamais considéré comme hors-la-loi par toutes les autorités royales. Aussi se devait-il de prévoir une échappatoire, une fuite vers...ailleurs. Mais où aller ? L'ensemble des terres déjà connues étaient chaque jour parcouru par les forces armées de Théodore et nul repaire, nul souterrain, ne pourraient échapper à leur vigilance. Aussi Balfo imagina t'il de fuir vers une autre île une fois le forfait commis. Il avait jadis lu dans la grande bibliothèque de Raven's Dust qu'il existait de nombreuses terres a priori inexplorées. Rares étaient les témoignages favorisant ses déclarations car peu d'hommes, échoués sur les plages royales, avaient vécu assez longtemps pour argumenter en ce sens. Néanmoins et à force de recherches laborieuses, il advint que Balfo réussit à faire coïncider plusieurs témoignages et à situer plus ou moins avec précision une éventuelle terre promise. Là était l'issue de son plan, là était la direction de sa fuite.
Fort de sa stratégie, de ses hommes et du positionnement de la contrée où il fuirait, Balfo lança ses troupes sur les villes royales une fraîche matinée de printemps. L'objectif était de prendre d'assaut simultanément les deux principales villes d'Arakas afin de détourner l'attention des troupes royales de la défense de Silversky. Plus des trois quarts des hommes furent ainsi envoyés sur Lighthaven et sur Windhowl. Naturellement, conscient des combats qui auraient alors lieu sur Arakas, Balfo n'envoya sur cette île que ceux de la pire espèce, ceux dont la vie n'avaient pour lui aucune importance, ceux qui ne se battaient que pour assouvir une rage injustifiée. Il garda avec lui les hommes de valeur, les hommes pour qui l'honneur d'une victoire comptait bien moins que le but même du combat. Il était parmi ces hommes là un dénommé Staper en qui Balfo mit toute sa confiance au fil des jours. Fils illégitime d'un noble avec une soubrette, Staper, tout comme lui, avait été renié par son père et abandonné trop jeune sur les routes du royaume. Désireux d'assouvir une vengeance qu'il trouvait naturelle, Staper souhaitait combattre aux côtés de Balfo pour les mêmes raisons que lui. Aussi une solide amitié finit par unir les deux hommes et Staper devint petit à petit le bras droit de Balfo, qui lui confia même l'honneur de mener les troupes sur Silversky en ce jour qui fut par la suite nommé Jour des Insurgés.
Les combats débutèrent donc sur Arakas. La garde royale, aussitôt prévenue par les autorités locales des conflits qui naissaient aux portes des villes, fut soucieuse d'envoyer la majorité de son armée pour défendre Lighthaven et Windhowl, ne laissant à Silversky qu'une maigre compagnie de soldats. Partout, les édits royaux laissaient entendre que la lie de la société s'était donnée rendez-vous pour attaquer l'île d'Arakas, et c'était un fait que personne ne pouvait nier tant les batailles furent sanglantes et cruelles. Les hommes qu'il avait envoyés là-bas étaient de la pire espèce, de ceux que personne n'aurait aimé croiser, de ceux qui avaient bien mérité, contrairement à lui, leur statut de hors-la-loi. Balfo ne se préoccupa jamais de ce qui se passait sur Arakas. Il avait sa propre guerre à mener et peu lui importait de connaître les tenants et aboutissants des combats à Lighthaven et à Windhowl. Toujours est-il que son but fut atteint car la garde royale envoya sur place près des deux tiers de ses militaires afin d'étouffer la révolte grondant aux portes des villes.
Aussi à Silversky, il régnait quelques jours après le lancement de l'opération un calme apparent mais oh combien trompeur. Balfo disposait alors de quelques 50 hommes de grande valeur. Sachant pertinemment que ces hommes, fussent-ils doués au combat ou non, ne pourraient tenir bien longtemps contre les quelques gardes royaux qui avaient gardé leur poste pour assurer la sécurité du Roy et de ses royales institutions, avait secrètement fait confectionner en ces quelques mois qu'avait exigé sa préparation quelques engins de siège. On dénombrait ainsi 5 pierrières et 10 balistes qui prirent un jour position aux portes de la ville et devant les points stratégiques de Silversky, à savoir le château, le temple, et l'armurerie. Il fut alors facile pour les 50 hommes de conserver l'avantage sur les troupes du Roy et de tenir leur position au sein de la cité. Il ne fut dénombré que peu de morts, la plupart des hommes et femmes ayant immédiatement compris l'intérêt de se tenir à l'écart des hommes de Balfo.
Il fut quelques hommes pour tenter d'imaginer une stratégie. Commandés par Dakwin, ils se regroupèrent près de la fontaine, à l'intérieur du palais. Mais Balfo avait commencé ses recherches, et ils ne tardèrent pas à être découverts, complotant en chuchotant à l'entrée de la prison. On vit alors dans le regard de Dakwin une telle incompréhension que même Balfo fut saisi d'un doute et s'imagina un instant que peut-être, trop distant de son fils, Dakwin n'avait pas réalisé le mal qu'il lui avait fait. Mais Balfo se ressaisit immédiatement et, sous les yeux écarquillés de son père, il avança d'un pas résolu vers le groupe de gardes royaux. Dakwin se détacha du lot et, recouvrant la raison, dégaina son arme en murmurant :
« Traître...»
Mais il n'y avait pas besoin d'amplifier la haine de Balfo par des mots qui ne le touchaient même plus. Sortant son épée de son fourreau, ce dernier avança sur son père :
« Je te laisserai assez de vie pour que tu agonises en réalisant le mal que tu m'as fait, Père ».
Ce dernier mot avait été craché avec mépris et dédain. S'ensuivit alors un combat des plus éprouvants, autant physiquement et moralement. Les deux hommes rivalisaient d'adresse et, là où Dakwin profitait de son expérience, Balfo usait de l'endurance que sa jeunesse lui conférait. Pendant tout le combat, les regards des deux hommes flamboyèrent et, s'ils avaient pu tuer avec leurs seuls yeux, il y aurait eu deux cadavres étendus sur le sol avant même que les épées ne s'entrechoquent. Mais le combat eut bien lieu. Et contrairement à ce que les légendes avaient jusque là raconté, l'épée de Dakwin ne put le sauver de la hargne que son fils mit dans ses coups. D'aucuns disent que l'épée reconnut celui auquel elle devait revenir et retint ses coups, allant même jusqu'à trahir Dakwin pour que Balfo se l'approprie plus vite. Toujours est-il qu'effectivement, Dakwin ne put jamais placer une attaque et blesser son fils, peut-être justement parce qu'il lui était impossible, même après l'avoir renié, d'oublier que Balfo était la chair de sa chair, le sang de son sang. Peut-être aussi parce que Balfo, initié par son père aux jeux de l'épée, maniait avec brio son arme qui, malgré son poids, virevoltait d'une main à l'autre pendant le duel. Alliant adresse, force, mais aussi ruse et perfidie, Balfo plaçait chacune de ses attaques et assénait à son père des coups d'une précision diabolique, le blessant à chaque fois sans jamais porter de coup fatal. Il lui entailla le flanc, lui perça le bras gauche, sectionna le ligament entre la cuisse et le genou, et joua même à couper de façon symétrique chacune des joues de son père. Dakwin se retrouva bientôt à terre. Même de force égale, il n'aurait pu rivaliser longtemps avec un homme que la rage porte à l'apogée de sa puissance. Il tomba bientôt à terre, pliant un genou, puis un deuxième, sous les yeux consternés d'une assistance immobile de stupeur. Alors seulement, Balfo s'approcha de son père. Tendant son épée à bout de bras, il déclara :
« De tout le mépris et de toute la haine que je voue à ton égard ainsi qu'à celui de cette royauté factice que tu sers avec tant d'aveuglement, je te porte ce coup de grâce, Père. Sache que cette épée que tu chérissais tant me revient désormais de droit. A défaut de l'avoir méritée de par ma lignée, je l'aurai méritée de par ma victoire. Puisse ton agonie te laisser le temps de prier ce faux dieu que tu nommes Artherk de t'accueillir à ses côtés. »
Et, alors que tous s'attendaient à ce que Balfo tranche d'un coup la tête de son père, ou lui transperce le coeur, il apposa la lame le long du cou, et laissa le fil aiguisé de son épée découper proprement l'aorte principale. Le sang gicla et Dakwin s'affala sur le sol, lentement. Et quand bien même il fut allongé, baignant dans son fluide vital qui s'écoulait par flots ininterrompus de son cou, il continua de respirer, suffocant et haletant. Balfo le regarda mourir durant un temps qui sembla être une éternité. Et quand il fut réellement mort, il se baissa, ramassa l'épée que le cadavre encore chaud de son père tenait fermement dans sa main et tourna le dos à cette macabre scène.
Il est dit que, stupéfaits par ce qui venait de se dérouler, pas un homme ne tenta de l'empêcher de sortir et que Balfo put, en toute impunité, quitter la ville et rejoindre ses compagnons.
Le silence qui fit suite au combat ne dura qu'un temps et, tandis que le combat avait lieu et que la garde royale, par la suite, reprenait ses esprits, le château, le temple et de nombreuses habitations furent pillés et saccagés. Fort de leur butin, les hommes de Balfo quittèrent Silversky en toute hâte, laissant sur place les engins de siège. Conscient que Balfo ne sortirait pas de son mutisme avant qu'ils ne soient loin de cette terre maudite, Staper prit le commandement des hommes et les mena au sud de l'île, près du camp druide, où les attendait deux navires affrétés, prêts à les mener sur l'île promise.
Le voyage dura des mois. De nombreux combats eurent lieu sur l'océan, mais la garde royale n'est vraiment à l'aise que sur terre ferme, et on ne dénombra qu'une dizaine de morts.
Une mutinerie eut lieu au bout d'une vingtaine de jours, les hommes de Balfo n'en pouvant plus de scruter l'horizon en espérant y distinguer la côte de la terre qu'ils rejoignaient. Balfo et Staper menèrent de main de maître l'équipage qui leur était resté fidèle et seuls cinq hommes furent tués pendant cette brève rébellion. Aucun incident ne fut plus déploré par la suite, et au bout de deux mois et 3 jours, la terre se dessina par-dessus le bastingage. Les hommes accostèrent dans la liesse. Seuls six hommes parmi eux pouvaient se prétendre marins, et le fait de poser les pieds sur la terre ferme raviva le coeur de la horde des insurgés de Silversky, comme ils s'étaient eux-mêmes surnommés.
Ils embrassèrent la plage et toute la journée, la liesse fut générale. Ils campèrent sur le rivage, et dès le lendemain, des équipes furent dépêchées à tous les points cardinaux de l'île, à la recherche de nourriture, mais surtout d'un endroit où établir la base. Quelle ne fut pas leur surprise alors de découvrir dans cette végétation luxuriante un peuple primitif.
Nommés les Friasts, ces hommes et ces femmes ne connaissaient aucune querelle, aucune malveillance. Ils tentèrent de les accueillir avec des fruits et des babioles diverses, communiquant par des gestes incertains leur bonté. Mais c'était sans compter sur le fait que les hommes de Balfo venaient de passer plusieurs mois en mer, loin de toute civilisation, mais surtout loin de toute femme. Les plaisirs de la chair l'emportèrent bientôt sur la raison, et la fête de bienvenue dégénéra vite en une orgie, les hommes de Balfo prenant un malin plaisir à chasser la gente féminine. Malgré leur bienveillance, c'était plus que les Friasts pouvaient en supporter, et bientôt, les deux clans furent en guerre. Plus entraînés et moins récalcitrants à planter leur arme dans un corps humain, les hommes de Balfo n'eurent aucune peine à vaincre ce peuple pacifique. Les hommes furent ainsi obligés de quitter le village, abandonnant bien malgré eux toutes les femmes en âge d'enfanter et les jeunes enfants de moins de 5 ans. Les insurgés ne surent jamais exactement où les Friasts élirent domicile par la suite. Toujours est-il que les monts de Nourm devinrent très vite inaccessibles et que nul homme qui s'en était approché ne revint jamais plus au campement.
Les jours passèrent, puis les mois, et les années. La garde royale trouva bien malgré elle la position de l'île mais les insurgés se replièrent à chaque fois dans une forteresse derrière la barrière de Lithy, et tous les combats se soldèrent par des échecs cuisants de la royauté. Balfo prit naturellement le commandement du camp pirate. La population crut assez rapidement étant donnée que la population féminine enfanta de 30 bambins durant les quatre premières années. Les insurgés se répartirent de façon naturelle les tâches. Certains préférèrent troquer leur épée contre une bêche et entretinrent les champs. D'autres se spécialisèrent dans la navigation et des navires plus petits et plus maniables vinrent bientôt prendre place aux côtés des deux premiers dans une petite crique entre le village et la forteresse. Ces hommes écumèrent les océans, pillant et sabordant les navires qu'ils croisaient. Les insurgés devinrent bientôt les pirates les plus craints de chaque commerçant maritime et même la garde royale ne put jamais rivaliser d'adresse sur les flots contre eux. De son côté, Staper devint le commandant des forces armées et s'installa dans la forteresse où s'établit le camp militaire. Forts d'une économie fleurissante et vivant en parfaite autarcie, les insurgés furent bientôt à même de tenir un siège de plusieurs années, mais cela n'eut bien sûr jamais lieu. Du moins jusqu'à aujourd'hui...
Par : equipe, le 18 novembre 2006 à 22:34